Un génie des maths dans la course à la mairie de Paris

(Paris) Avec la candidature « dissidente » de l’excentrique Cédric Villani, la lutte pour occuper le siège convoité d’Anne Hidalgo vient (officieusement) de commencer.

Il arrive comme une vedette rock, entouré d’une meute de caméras et de groupies.

Affable et souriant, il passe en coup de vent, entouré de sa garde rapprochée. On essaie de le toucher, de prendre un selfie. Il s’engouffre dans le café Gaîté, extraordinairement bondé, tandis que ses admirateurs scandent son nom jusqu’à en avoir la bouche sèche.

« Villani-Pa-ris-Villani-Pa-ris ! »

C’était un secret de polichinelle, c’est maintenant officiel. Mercredi soir dernier, Cédric Villani, 41 ans, a annoncé sa candidature à la mairie de Paris. L’élection est prévue pour le mois de mars 2020, et la campagne ne débutera officiellement qu’en janvier. Mais avec cette entrée en scène très médiatisée, on peut dire que la bataille vient de commencer.

 

Un personnage, un dissident

Si la course à la mairie de Paris est à l’image de Cédric Villani, on ne risque pas de s’ennuyer. Et ce, pour au moins deux raisons.

Député depuis 2017 pour la République en marche (LREM) d’Emmanuel Macron, ce politicien autodidacte est d’abord un personnage intéressant.

Mathématicien surdoué, cet ancien lauréat de la médaille Fields (équivalent du prix Nobel pour les maths) est considéré comme l’un des plus beaux cerveaux de France. Sa réputation de scientifique sérieux contraste du reste avec son look de dandy fantasque, marqué par des cheveux longs, d’immenses lavallières en satin et des araignées géantes brochées sur le revers de son veston. Il a certes atténué son image pour briguer la mairie, mais demeure un excentrique aux yeux de plusieurs.

Original, Villani l’est aussi par cette candidature « dissidente ».

Les instances du parti lui préféraient Benjamin Griveaux, « macroniste » de la première heure et ancien porte-parole du gouvernement, investi en juillet sans l’ombre d’une primaire ou d’un processus un tant soit peu démocratique. Mais cette désignation arbitraire – et contestée – a donné envie à Villani de monter au créneau. On le croyait doux et rêveur. Il s’est rebiffé et a annoncé sa candidature « d’homme libre » en dépit des menaces venues d’en haut.

 

Comme Macron

En principe, ce geste de contestation aurait dû entraîner son expulsion. Mais Villani semble désormais intouchable en raison de sa popularité. Les derniers sondages le confirment : 17 % des Français disent faire confiance au candidat « officieux », contre seulement 11 % pour Griveaux, le candidat « officiel ».

Alors que Griveaux traîne l’image d’un politicien professionnel « cynique et ambitieux », voire de « mal aimé » dans les médias et chez plusieurs membres de LREM, Villani attire d’emblée la sympathie pour son idéalisme, son intelligence et sa capacité d’écoute.

Plusieurs admirent en outre son audace et son désir de remettre en question les vieilles façons de faire de la politique, comme un certain Emmanuel Macron en 2017.

« C’est un bel ovni comme a pu l’être Macron à la présidentielle. Il est dans la même lignée. Il a ce côté innovant. Il est en accord avec l’époque. Ce n’est pas un apparatchik du parti. Je pense qu’il a ses chances », lance Stéphanie Fréhel, membre de LREM, en se disant convaincue d’assister à un « moment politique ».

 

Un royaume convoité

Encore faut-il qu’il tienne la route. Car, au-delà du buzz, Cédric Villani « n’a pour l’instant proposé aucune mesure concrète », soulève Anne Soetemondt, journaliste politique chez RFI.

Son discours, mercredi dernier au café Gaîté, ressemblait en effet à une succession de vagues et poétiques fantasmes où il était question d’une ville « douce », « inclusive », « interconnectée », « accueillante » et bien sûr « véritablement écolo ».

Or, le mathématicien devra offrir plus que de belles paroles, s’il espère survivre au-delà du premier tour de l’élection.

Il va sans dire que Paris est un royaume très convoité, en raison de son prestige et de sa renommée. Et plusieurs se battront autour d’enjeux aussi importants que les transports, la pollution, le tourisme, l’inclusion et bien sûr le logement – devenu inabordable pour le citoyen ordinaire (10 000 euros – près de 15 000 $ – en moyenne le mètre carré, selon une étude parue cette semaine).

 

Hidalgo plonge, puis remonte

La maire sortante, Anne Hidalgo, semble être remontée dans les sondages, après avoir atteint les bas-fonds l’an dernier. L’échec de la voiture Autolib’, l’implantation chaotique du nouveau Vélib’ et la multiplication des travaux amorcés pour verdir et assainir la ville ont fait beaucoup de mécontents. Mais alors que le nombre de chantiers commence à diminuer, son bilan semble de plus en plus défendable. Sa réélection serait un baume pour le Parti socialiste, qui ne cesse de s’effriter depuis la débâcle à la présidentielle de 2017.

Le Parti vert pourrait aussi brouiller les cartes, si l’on en juge par sa percée parisienne lors des dernières élections européennes (20 % des voix). Sans oublier le parti Les Républicains, qui n’a toujours pas désigné son candidat, et qu’il ne faut pas compter pour mort, même s’il nage en pleine crise depuis la défection de son chef Laurent Wauquiez, au printemps.

Enfin, comment La République en marche gérera- t-elle ce problème de double candidature ? Quels compromis faudra-t-il faire ? Quels soutiens pour l’un et l’autre ? Pour le mathématicien, la bataille pourrait aussi se jouer à l’interne.

« C’est une candidature intéressante, mais il faudra voir sa capacité à tenir dans une campagne électorale, conclut le politologue Bruno Cautrès, un brin perplexe. Il a parfaitement intégré les codes de la communication politique. Il doit maintenant montrer qu’il a intégré les codes de la campagne électorale. Est-ce qu’il est une machine à faire campagne ? Pourra-t-il rendre les coups quand on l’attaque ? Ça reste à voir… »

 

(lapresse)

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