Un ex-poids lourd du PLR aurait plumé des proches

Ancien président du Grand Conseil, Renaud Gautier est soupçonné d’avoir détourné plus de quatre millions de francs.

 

 

Président du parti libéral et du Grand Conseil ainsi que député PLR. Renaud Gautier a compté dans le paysage politique genevois, même après son retrait en 2014. Lundi et mardi, il comparaît devant la Cour correctionnelle de justice. Ce gérant de fortune indépendant est aujourd’hui accusé d’avoir détourné à son profit un peu plus de quatre millions de francs, entre 2004 et 2014, et d’avoir fait perdre de grosses sommes à des proches (lire ci-contre).

Cet ancien élu écouté et respecté est « un homme fragile» depuis le décès de sa fille en 2003, a affirmé en préambule son défenseur Malek Adjadj. La période incriminée est décrite par Renaud Gautier comme floue. «Il est douloureux et angoissant de voir une partie de sa vie dissoute dans une espèce de grand néant.» Ses réponses viennent après de longs silences. Il reconnaît les retraits frauduleux, mais ne se souvient pas des détails, ne sait pas ce qu’il a fait des sommes empochées. «Une mémoire sélective», a dénoncé Robert Assaël, l’avocat des proches. A la question pourquoi ? Il n’y a pas d’explications : «Je n’en ai aucune idée, j’aimerais bien le savoir», a soufflé le prévenu.

Pour le volet gestion déloyale, le prévenu assure avoir toujours agit au mieux, ne pas avoir placé de l’argent pour son intérêt propre. «Je n’ai pas touché de rétrocessions des fonds», a-t-il plaidé. Il lui est reproché un manque de diversification et des placements risqués, ce qu’il nie. Et pourtant, «son travail a mis ses proches dans le besoin: certains ont dû s’adresser à l’aide sociale», a assuré Robert Assaël. Les lésés lui ont fait «une confiance aveugle», selon leurs propres termes. Il ne leur serait pas venu à l’idée de contrôler «sa gestion», car il est de la famille. Une confiance, a dit l’un d’eux, encore accrue par le fait qu’il avait des mandats publics.

 

L’argent aurait servi à mener grand train

La présidente fait les comptes : «700 000 fr de dépenses annuelles en 2008 pour des revenus de 180’000 fr. Des retraits frauduleux qui correspondent aux paiements à effectuer. Pour le Ministère public et les plaignants, l’argent détourné aurait servi à mener grand train. «C’est choquant, inaudible alors que ces pertes ont mis dans le besoin certaines victimes», s’est insurgé Robert Assaël.

Aujourd’hui, le prévenu touche l’avs et 5000 fr. d’un mandat de la clinique des Grangettes. Séparé de sa femme depuis quelques mois, elle s’acquitte de son loyer. Un mystérieux «ami», dont Renaud Gautier n’a pas voulu divulguer l’identité à plusieurs reprises, se charge du surplus. Ce bienfaiteur a également honoré des accords avec des plaignants à hauteur de plusieurs dizaines de milliers de francs.

Mardi, le tribunal entendra les plaidoiries.

 

(m.r.)

 

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