Italie: un nouveau gouvernement issu d’une alliance imprévue

Les paris sont ouverts en Italie sur la longévité que connaîtra le gouvernement issu du rapprochement imprévu entre une formation sociale-démocrate et un parti « anti-establishment » difficile à classer sur le plan idéologique.

À l’instar du premier ministre, Giuseppe Conte, une vingtaine de ministres issus des rangs du Parti démocrate (PD) et du Mouvement 5 étoiles (M5S) ont prêté serment hier, marquant la fin officielle d’une période de crise provoquée cet été par les manœuvres de l’ex-ministre de l’Intérieur, Matteo Salvini.

Le controversé dirigeant de la Ligue, connu pour ses positions musclées sur l’immigration et les questions de sécurité, avait précipité la chute du gouvernement formé avec le M5S dans l’espoir de s’approprier le pouvoir lors de nouvelles élections.

Le plan a cependant tourné court lorsque ses alliés d’hier se sont associés au PD, écartant un scrutin dans lequel la Ligue apparaissait largement favorite.

Matteo Salvini a fustigé hier la création du nouveau gouvernement en relevant que les élus agissaient pour sauver « leur fauteuil », sans véritable idéal.

 

«Ils pêchent dans le même électorat»

Franco Pavoncello, analyste politique rattaché à l’Université John Cabot, à Rome, estime que le rapprochement actuel entre le PD et le M5S apparaît « plus naturel » que celui qui était survenu avec la Ligue.

« Ils pêchent dans le même électorat », indique le spécialiste, qui insiste sur le fait que le M5S a appris à faire des concessions durant son passage au pouvoir, facilitant l’idée d’un rapprochement avec les sociaux-démocrates.

Les deux formations, dit-il, sont aussi unies par leur volonté de bloquer l’accession au pouvoir de la Ligue.

La politique crée d’étranges rapprochements. Plus encore lorsqu’il y a urgence.

Franco Pavoncello, analyste politique rattaché à l’Université John Cabot

Roberto D’Alimonte, professeur de science politique à la LUISS (Libre Université internationale des études sociales Guido Carli), à Rome, a indiqué hier dans la même veine que « la peur [de nouvelles élections] constitue une puissante colle ».

D’autres facteurs devraient aussi contribuer à faire durer le nouveau gouvernement, souligne M. D’Alimonte, qui évoque notamment un meilleur équilibre entre les deux formations que dans le précédent gouvernement.

« Elles devraient conserver leur poids dans l’électorat. La Ligue avait doublé ses appuis alors que le M5S perdait la moitié des siens », note-t-il.

L’enthousiasme relatif de l’Union européenne envers le nouveau gouvernement, moins hostile à Bruxelles, devrait par ailleurs faciliter sa tâche en vue d’élaborer un nouveau budget pour 2020, ajoute M. D’Alimonte.

 

Immigration

Une attention particulière sera accordée dans les prochains mois aux orientations qu’entend donner le gouvernement au pays en matière d’immigration.

Matteo Salvini a multiplié les initiatives durant son passage au ministère de l’Intérieur pour durcir l’approche des autorités à ce sujet, ce qui a fait bondir sa cote de popularité.

M. Pavoncello note que le gouvernement disposera d’une marge de manœuvre réduite sur ce plan. Il voudra sans doute, dit-il, mieux « calibrer » la réponse de l’État, mais pourrait subir un grave contrecoup politique s’il donne l’impression de vouloir se montrer trop souple.

« Le PD va vouloir prendre une approche plus conciliante, mais le M5S n’a pas dit s’il entendait renier les mesures qu’il avait appuyées avec la Ligue », relève M. D’Alimonte.

Sous la gouverne de Matteo Salvini, l’Italie a refoulé à plusieurs reprises des vaisseaux ayant sauvé des migrants qui tentaient de traverser la mer Méditerranée.

Le ministre de l’Intérieur avait notamment fait adopter en août, avant l’éclatement de la crise politique, une loi qui permet de saisir les embarcations et d’imposer des amendes importantes aux commandants.

Michael Hardt, un universitaire américain qui a participé avec des militants italiens au lancement d’un vaisseau de sauvetage dans la région, dit espérer que l’arrivée d’un nouveau gouvernement mènera à un assouplissement des politiques en place à ce sujet.

La mise à l’écart de Matteo Salvini ne garantit cependant pas un tel développement puisqu’il n’était pas le seul élu à favoriser une approche répressive, signale-t-il.

« Il faut avoir des attentes raisonnables », prévient M. Hardt, qui aimerait voir les pays européens jouer un rôle accru dans la gestion de la crise des réfugiés.

Roberto D’Alimonte pense que le gouvernement italien va chercher à utiliser sa crédibilité accrue auprès de l’Union européenne pour tenter d’obtenir une révision du système de prise en charge des demandes d’asile.

« Mais ils vont utiliser une approche différente, moins axée sur la confrontation, plus diplomatique », souligne-t-il.

 

(lapresse)

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