Le procès du couple Balkany s’ouvre ce lundi

Patrick Balkany et son épouse Isabelle vont sont accusés d’avoir caché au fisc des revenus et un patrimoine d’au moins 13 millions d’euros.

 

 

Plus de 13 millions d’euros dissimulés au fisc, de somptueuses villas à Marrakech et dans les Caraïbes, des fonds «occultes» transitant par la Suisse, le Liechtenstein, Singapour… Les époux Balkany, du nom d’élus locaux de la banlieue parisienne, sont jugés à partir de lundi.

L’affaire fait les choux gras de la presse française depuis des années, présentant souvent le couple en symbole de la corruption et de l’avidité de certains élus.

Les juges d’instruction avaient entamé leur enquête en 2013 après des révélations de Didier Schuller, un ancien allié des époux.

Ils accusent aujourd’hui Patrick Balkany, le tonitruant maire Les Républicains (droite) de Levallois-Perret, une riche commune de l’ouest parisien, et son épouse Isabelle, première adjointe, de «blanchiment à grande échelle» entre 2007 et 2014.

Selon l’accusation, ils ont dissimulé au fisc des revenus et un patrimoine «occultes» à hauteur «au minimum» de 13 millions d’euros. En particulier deux propriétés cachées derrière «des montages de plus en plus sophistiqués» entre Suisse, Liechtenstein, Singapour ou Panama, «dans le souci de ne pas apparaître comme les véritables propriétaires».

 

Peignoirs brodés

La première, la villa Pamplemousse, acquise en 1997 par une société constituée au Liechtenstein par une fiduciaire suisse, est sise à Saint-Martin, aux Antilles. Isabelle Balkany, 71 ans, a fini par reconnaître qu’elle en était propriétaire, expliquant l’avoir achetée avec l’argent d’un héritage familial. Son mari, 70 ans, en est officiellement bénéficiaire depuis 2004. La seconde propriété, la villa Dar Gyucy de Marrakech, est entourée d’un montage beaucoup plus sophistiqué, détenue depuis 2010 par une SCI marocaine propriété d’une société panaméenne, Hayridge. Cette dernière est au nom de Jean-Pierre Aubry, l’homme de confiance de Patrick Balkany à Levallois. Les Balkany, qui y ont maintes fois séjourné, ont constamment nié en être propriétaires. Mais les juges sont formels: ils sont les «seuls bénéficiaires» du riad, où des peignoirs brodés aux initiales «PB» ont été retrouvés. Surtout, les enquêteurs ont laborieusement remonté la trace de l’argent. Ils ont fini par établir que le prix de vente officiel de la villa, 2,75 millions d’euros, a été payé par l’homme d’affaires saoudien Mohamed Al Jaber au moment où celui-ci négociait un projet de tours jumelles à Levallois. Selon les juges, il s’agit d’argent de la corruption. Par ailleurs, 2,5 millions d’euros supplémentaires ont été réglés via le compte singapourien d’une autre société panaméenne. Cet argent provient selon les enquêteurs d’une commission versée à Patrick Balkany par un industriel belge, George Forrest, contre son aide pour un contrat en Afrique, ce que réfute M. Balkany.

 

«Petit matelas»

Les investigations sont remontées bien au-delà de la période 2007-2014 qu’elles ciblent, sans pouvoir retracer l’origine de tous les fonds. Les juges estiment que Patrick Balkany a été «à la tête d’un véritable réseau de sociétés offshore» mis en place dès la fin des années 1980, quand son ancien compère Didier Schuller déposait en Suisse des «espèces provenant d’entreprises de travaux publics soucieuses de financer» le RPR, le grand parti de la droite à l’époque. En 2016, le baron de la droite avait fini par admettre avoir détenu des avoirs non déclarés en Suisse, un héritage selon lui. L’enquête a aussi mis au jour les fortes sommes en liquide utilisées par le couple, notamment plus de 87.000 euros payés dans une agence de voyages. «J’avais un petit matelas de réserves que je n’ai plus», avait commenté devant les juges Patrick Balkany, qui selon une employée de maison «avait régulièrement des espèces dans les poches de son peignoir». La justice a saisi le riad, le produit de la vente de la villa Pamplemousse et le moulin de Giverny (Normandie), où résident les Balkany. Le procès est prévu à Paris jusqu’au 20 juin. Une incertitude plane toutefois sur son maintien, car Isabelle Balkany a été hospitalisée le 1er mai après avoir absorbé des médicaments. Interrogé dimanche par l’AFP, son avocat s’est refusé à tout commentaire. Le couple comparaîtra notamment pour «fraude fiscale» et «blanchiment aggravé de fraude fiscale aggravée». Parmi les autres prévenus, le Saoudien Al Jaber devra répondre de «corruption active».

 

(nxp/afp)

 

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