Chacun est responsable

Si votre patron vous demande quelle serait la première décision à prendre pour rétablir les finances de la société pour laquelle vous travaillez, lui admettrez-vous que, selon vous, ce serait de réduire de façon importante son salaire de PDG sachant que cela pourrait nuire à votre carrière ?

Si vous vous retrouvez dans une entrevue pour un emploi et qu’on vous demande de donner votre opinion sur l’entreprise dans laquelle vous souhaitez être embauché, lui direz-vous qu’en réalité vous ne l’aimez pas vraiment mais que vous avez besoin de cet emploi car vous êtes complètement pris à la gorge financièrement.

Si vous avez un rôle important dans la direction d’une société, et que votre épouse vous demande de l’aider à se trouver un emploi, lui refuserez-vous d’user de votre influence pour la faire embaucher ?

Si vous avez répondu oui à toutes ces questions, j’aimerais bien avoir la chance de vous connaître….en effet, peu de gens répondraient comme vous.

A chaque semaine, les hommes et femmes politiques sont confrontés à ce type de dilemme.  Doivent-ils vous fournir une réponse franche et honnête ou vous dire ce que vous souhaitez entendre ?  Doivent-ils utiliser (subtilement) leur pouvoir pour aider des membres de la famille ou des amis plutôt que de les décevoir et ainsi créer des frictions avec ces derniers ?

La réponse actuellement, c’est qu’il n’y en a pas (de réponse), et c’est en très grande partie à cause de nous tous.

Un politicien qui se présente devant les électeurs pour être élu, pour conserver sa popularité ou pour être réélu, devra se mettre au diapason avec sa population, du moins en grande partie.

C’est d’ailleurs pourquoi Donald Trump n’aurait sûrement pas été élu dans un pays de la francophonie même s’il avait parlé français, que François Hollande n’aurait probablement pas été élu aux Etats-Unis même s’il avait parlé anglais (sourire) et que Justin Trudeau n’aurait pu être élu en Russie même s’il avait parlé Russe.

Les électeurs ne sont pas des robots ou des êtres totalement logiques, la plupart prennent leurs décisions sur des émotions.  Et les politiques le savent.  Un politique est aussi un être humain, avec ses émotions, sa vie personnelle et sa propre façon de voir les choses.  D’ailleurs, si un parti politique présentait comme candidat un robot qui serait super puissant et qui garantirait que chaque décision sera la bonne pour « l’ensemble de la population », il ne serait pas élu.   Même si les électeurs étaient convaincus que chaque décision prise par le robot sera la meilleure pour le bien de l’ensemble du pays et que ce dernier ne sera jamais en conflit d’intérêt, je vois mal comment il pourrait réussir à gagner.

Imaginez un instant ce qu’en penserait tous ces groupes d’intérêts sociaux qui tentent régulièrement de faire pression sur le gouvernement pour obtenir plus d’avantages pour ses membres (au détriment du reste de la population qui, pourtant, les paiera en majorité).  Imaginez toutes ces grandes entreprises qui vivent parfois à la mamelle de l’Etat.  Imaginez tous ces employés de l’Etat, surtout ceux se situant vers le haut de l’échelle, qui peuvent bénéficier de la complaisance des politiques qui, souvent, ferment les yeux sur l’incompétence et l’oisiveté de certains d’entre eux.

Dans un monde parfait, tous les électeurs seraient logiques et penseraient au bien commun avant leur propre confort, et tous les politiques s’ajusteraient en conséquence.  Mais le problème, c’est que les électeurs qui votent ne pensent pas au bien commun, ils pensent majoritairement à leurs intérêts personnels.

Un écologiste demandera à l’Etat d’augmenter les budgets pour n’utiliser que des énergies propres, même si chaque personne – incluant les plus pauvres – devra payer pour ce faire.  Un inspecteur fiscal incitera l’Etat à embaucher plus de personnels pour que chaque contribuable subisse une vérification au moins une fois l’an, même si cela conduira à des abus et des pertes de temps inutile pour des millions de citoyens qui devront se soumettre à tel exercice et ce, même ceux qui n’ont rien à se reprocher (bien que les inspecteurs trouveront bien une « façon » de leur reprocher quelque chose pour justifier leur utilité).  Une grande société demandera au gouvernement d’augmenter les subventions aux entreprises.

C’est pourquoi le politique, qui a investi des milliers d’heures pour être élu et qui a dépensé des sommes faramineuses pour sa campagne électorale, doit trouver le « juste milieu » pour plaire aux uns et ne pas trop déplaire aux autres.  Souvent,  très souvent même, le politique ne vous dit pas ce qu’il pense réellement.  A chaque semaine, un politique élu fera comme vous, il prendra des décisions qu’il ne croit pas la meilleur pour l’ensemble de sa population mais qui est cependant la meilleure pour ses chances de réélections.  En effet, il se met au diapason avec vous.

En conséquence, la population peut crier à l’injustice autant qu’elle le souhaite, mais tant que la majorité ne votera pas aux élections selon les intérêts communs plutôt qu’à ses propres intérêts, rien ne changera.  Les partis se succéderont à tour de rôle, des gens continueront à manifester pour mousser leurs propres intérêts, des groupes sociaux continueront à dénoncer et à investir des fonds importants pour détruire – avec succès – la réputation, la crédibilité et l’image d’un politique qui ne prend pas les décisions qui les avantages, de grandes entreprises continueront – avec succès – à embaucher des lobbyistes qui, dans l’ombre, feront pression sur l’Etat pour qu’elles s’assurent de continuer à bénéficier des largesses du gouvernement, et des proches du politique continueront à faire pression sur lui pour en retirer des bénéfices.

En conclusion, il est facile de mettre la faute sur les politiques pour telles ou telles décisions, il est relativement facile de descendre dans les rues pour faire une manifestation avec 40’000 de vos collègues pour que l’Etat améliore vos conditions matérielles, mais ce qui est plus difficile, beaucoup plus difficile, c’est de voter selon ce que vous croyez juste pour votre pays même si cela peut parfois être mauvais pour votre propre personne.  Et pourtant, si chacun agissait ainsi, ou à tout le moins la majorité, rapidement des changements visibles seraient constatés dans la gouvernance des Etats et ce, pour le bénéfice de la majorité.

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