Julien Wanders a bluffé son entraîneur

Marco Jäger a suivi devant son écran l’exploit de son protégé, devenu le nouveau recordman d’Europe du semi-marathon à Ras el Khaïmah. Il craignait le pire, le meilleur est advenu. Et à l’entendre, ce n’est pas fini.

 

 

Il l’a connu tout minot, décelé en lui des qualités hors normes, un potentiel aux limites insondables. Marco Jäger connaît Julien Wanders par coeur. Il sait ce qu’il peut attendre de lui et, pourtant, le prodige ne cesse encore de le surprendre, comme dans la nuit de jeudi à vendredi, en piétinant le record d’Europe de Mo Farah et en pulvérisant de près d’une minute son propre record du semi-marathon (59’13). «Oui, Julien m’a bluffé. Mais plus que son chrono, c’est son attitude en course et sa gestion de l’événement qui m’ont le plus impressionné», témoigne l’entraîneur du Stade Genève.

Marco Jäger a finalement passé une bonne nuit, lui qui s’était endormi la boule au ventre, en craignant que son protégé «explose» sur le bitume de Ras el Khaïmah. «Julien avait décidé de partir dans le premier groupe, programmé pour passer aux 10 km en 27’40. C’était trop vite, très risqué. Ces derniers temps, un rhume l’avait fatigué. Et deux jours avant l’épreuve, il avait été victime d’une intoxication alimentaire. Je n’étais pas tranquille. En fait, j’étais plus stressé que lui!»

Au petit matin, devant son écran, le coach redoutait le pire et c’est le meilleur qui est advenu. Des lièvres un peu engourdis ont tôt fait de chasser ses inquiétudes. Pas de train suicidaire donc, un vrai billard. Et le langage corporel de Julien Wanders l’a vite rassuré. «Il avait une belle allure. J’ai senti qu’il répondait bien aux mouvements de la course. Il a été très stable jusqu’au 19e km, puis il s’est battu pour tenir le coup.»

Au téléphone, le maître et l’élève ont partagé leurs émotions. «Bien sûr, Julien rêvait de faire mieux. Il en a les moyens, c’est certain. Mais il a surtout encore tout l’avenir devant lui. Sur route, il a gagné en maturité, sa maîtrise est totale. Il se connaît si bien, il possède une telle capacité de récupération, propre aux grands champions. C’est un don qu’il cultive et qu’il travaille à Iten dans des conditions extrêmes», confie Marco Jäger. Même à distance, leur complicité fait des merveilles. «En tant que coach, je vois ce que je vois, j’établis mes plans sur des valeurs objectives. Et puis, le ressenti de l’athlète me permet de les affiner ou de les corriger. Aujourd’hui, Julien se livre sans restriction. On échange, on partage, on analyse. Plus jeune, il s’ouvrait moins, il avait peur que je le freine à l’entraînement.»

Mais quel est le secret de ce succès sidérant? «Du travail de précision à l’entraînement et une forme de spontanéité en course. C’est ainsi que l’on se révèle et que l’on s’affirme», répond Marco Jäger. «Ma foi, Julien est Suisse et Kényan tout à la fois!» Forcément, revient sur le tapis son futur passage sur le marathon, l’épreuve mythique qui seule forge les grands destins. «Il y viendra, naturellement. Là, il pourrait déjà courir en 2 h 06-2 h 07. Mais cela ne suffit pas pour gagner des médailles. Voilà pourquoi il y a encore la piste, une école de vitesse, un domaine que Julien n’a pas encore pleinement exploré et qu’il espère bien maîtriser aussi. Cette saison, on va corriger certaines choses dans sa préparation, ne pas répéter certaines erreurs. Sur 10’000 m, il y a la barrière des 27 minutes en point de mire. Il faut tenter. La confiance accumulée sur la route doit lui être profitable sur la piste.»

 

(nxp)

 

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