Deux ex-policiers condamnés pour trafic de coke

Deux anciens policiers des frontières ont pris dix ans de prison et de lourdes amendes pour avoir laissé passer des bagages remplis de cocaïne à Roissy.

 

 

Deux anciens fonctionnaires de la police aux frontières (PAF) de Roissy ont été condamnés jeudi à dix ans de prison et à de lourdes amendes par la cour d’assises spéciale de Paris pour avoir laissé passer des bagages chargés de cocaïne venant de République dominicaine.

L’ex-gardien de la paix Clément G., 42 ans, et l’ancien brigadier-chef Christophe P., 56 ans, ont accueilli cette décision avec «soulagement» selon leurs avocats, malgré les amendes «faramineuses» prononcées par cette cour composée de magistrats professionnels.

Chacun des deux policiers, incarcérés depuis quatre ans, est condamné à payer 2 millions d’euros d’amende pénale et 800’000 euros d’amende douanière. Ils ont également l’interdiction définitive d’exercer toute fonction publique.

Lundi, l’avocat général Jean-Christophe Crocq avait requis contre les anciens fonctionnaires, qui «ont nui» à l’image de leur profession, une peine de quinze ans de réclusion criminelle. Jugés depuis le 21 janvier pour importation de stupéfiants en bande organisée et corruption passive, ils encouraient trente années de réclusion.

 

Bagages cabines bourrés de cocaïne

Le représentant du ministère public avait dépeint les deux hommes en «chevilles ouvrières» d’un trafic de cocaïne «hiérarchisé», avec à sa tête le «directeur» et «maître de cérémonie» Kamel B., 43 ans. Il a quant à lui été condamné à 20 ans de réclusion, assortis d’une période de sûreté des deux tiers, et à une amende totale de 3,8 millions d’euros.

Pour le compte de cet ancien joueur et entraîneur de football, les deux policiers ont admis avoir réceptionné à sept reprises, entre 2010 et 2015, des passeurs et leurs bagages cabines bourrés de cocaïne, qu’ils soustrayaient aux contrôles douaniers. Chaque convoyeur de drogue ou «mule» récupérée leur permettait d’empocher 40’000 euros.

Placés sous surveillance de la police anti-«stups», qui avait dénommé son enquête «Excédent bagage», les deux membres de la PAF avaient été interpellés le 25 janvier 2015, alors qu’ils tentaient de faire sortir deux valises chargées chacune de 20 kilos de cocaïne de l’aéroport de Roissy.

 

«Un peu de mesure»

Les deux policiers étaient rapidement passés aux aveux, évoquant avoir été pris dans un «engrenage», mais réfutant avoir participé au trafic pour s’enrichir personnellement. Après leur arrestation, quelque 150’000 euros avaient été récupérés par les enquêteurs, cachés chez une connaissance de Clément G. dans la région bordelaise.

S’exprimant une dernière fois jeudi matin, avant que la cour ne se retire pour délibérer, les deux anciens policiers ont redit leurs «regrets» d’avoir «trahi» l’uniforme. Leurs avocats avaient imploré «l’indulgence» des magistrats professionnels pour les deux accusés, devenus la «honte» de la police et qui ont «déjà payé».

«Je crois que Christophe P. est très content parce qu’il sait très bien ce qu’il a fait et ne l’a jamais nié», a déclaré à l’AFP l’un des conseils de l’ancien brigadier-chef, Matthieu Juglar.

«Les réquisitions étaient extrêmement lourdes. On est quand même content qu’il y ait un peu de mesure», a ajouté Me Juglar.

«Pour mon client, c’est une bonne décision», a également réagi Me Laurent Barone, l’avocat de Clément G., qui «pourrait sortir dans huit mois». «En disant qu’il regrettait pour la première fois en public, il a un peu restauré son honneur de policier», a estimé Me Barone, qui ne fera pas appel. La cour d’assises spéciale de Paris a par ailleurs condamné neuf autres accusés, impliqués à des degrés divers dans le réseau de Kamel B., à des peines allant de quatre ans de prison avec sursis à neuf ans d’emprisonnement, ainsi qu’à des amendes allant de 40’000 à 1,4 million d’euros.

Vingt-huit autres personnes soupçonnées d’avoir participé à ce réseau, principalement des «mules» et des blanchisseurs de l’argent de la drogue, comparaîtront devant le tribunal correctionnel. Parmi elles figure Arnaud M., sulfureux financier condamné à huit ans de prison dans l’escroquerie à la TVA sur le marché des «quotas carbone».

 

(nxp/afp)

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