Présidentielle 2020: Howard Schultz suscite la crainte chez les démocrates

Pour un homme d’affaires qui a transformé un petit torréfacteur en une chaîne mondiale incontournable, qui s’est assuré que même ses employés à temps partiel bénéficieraient d’avantages sociaux et qui a versé environ 150 000 $ US à des campagnes démocrates, Howard Schultz, l’ancien président du conseil d’administration de Starbucks, suscite des réactions tièdes, voire hostiles, depuis qu’il a annoncé qu’il envisage une campagne présidentielle en 2020.

C’est en partie parce que – comme il l’a dit à 60 Minutes dimanche – M. Schultz envisage de se présenter en tant qu’indépendant, ce qui selon plusieurs pourrait soutirer des appuis au candidat démocrate et offrir la Maison-Blanche sur un plateau d’argent au président Donald Trump.

David Axelrod, un ancien conseiller du président Barack Obama, et Tina Podlodowski, la présidente du Parti démocrate dans l’État de Washington, où M. Schultz habite depuis des décennies, comptent parmi ceux qui le pressent de ne pas se présenter comme indépendant.

« Pour quelqu’un qui prétend être un démocrate à vie, je pense que se présenter comme indépendant [en ce moment] n’est pas une bonne chose à faire », a dit Mme Podlodowski.

Julian Castro, l’ancien secrétaire du Logement et du Développement urbain de l’administration Obama qui a annoncé une candidature à l’investiture démocrate ce mois-ci, a déclaré dimanche sur CNN qu’il craignait qu’une éventuelle campagne indépendante de M. Schultz « donne à Donald Trump son meilleur espoir d’être réélu ».

Le milliardaire de Seattle, âgé de 65 ans, entreprend lundi une tournée de promotion de son dernier livre, From the Ground Up : A Journey to Reimagine the Promise of America. Il s’arrêtera cette semaine à New York ; à Tempe, dans l’Arizona ; à Seattle ; et à San Francisco – mais aucune date n’est annoncée pour l’Iowa ou le New Hampshire, qui seront deux des premiers États à voter lors des primaires.

Ce n’est pas la première fois qu’on évoque M. Schultz comme candidat potentiel et il n’a rien fait pour dissiper les conjectures sur ses ambitions présidentielles depuis qu’il a déclaré, lors de sa retraite de Starbucks en juin dernier, que son avenir pourrait inclure « le service public ».

Son bureau n’a pas répondu à un courriel demandant des commentaires sur ses intentions. S’il devait se lancer dans la course, il serait le candidat le plus en vue sans expérience publique préalable.

Sur papier, M. Schultz offre un certain nombre de qualités qui pourraient plaire aux électeurs. Il a grandi dans un logement social à Brooklyn, à New York, et a été le premier membre de sa famille à obtenir son diplôme universitaire.

Il a acheté Starbucks quand la petite chaîne ne vendait que du café en grains, pas des tasses – elle comptait à ce moment 11 magasins et moins de 100 employés – et l’a transformée en un véritable monstre mondial qui compte maintenant près de 30 000 magasins dans 78 pays. En cours de route, il a adopté une philosophie de responsabilité d’entreprise, faisant de Starbucks l’une des premières entreprises américaines à offrir des options d’achat d’actions et une assurance maladie, même aux employés à temps partiel, et plus récemment, en partenariat avec l’Université Arizona State, à couvrir les frais de scolarité des travailleurs souhaitant obtenir leur baccalauréat en ligne.

Il s’est attaqué à des problèmes sociaux controversés. En 2013, Starbucks a demandé à ses clients de ne pas apporter d’armes à feu dans ses restaurants après la fusillade de l’école élémentaire Sandy Hook. En 2015, M. Schultz a suscité la colère et le ridicule après avoir exhorté les baristas à écrire « Race Together » sur des gobelets pour susciter des conversations après que plusieurs hommes noirs eurent été tués par la police. L’année dernière, après l’arrestation dans un café de Philadelphie de deux Afro-Américains qui attendaient une réunion d’affaires, Starbucks a fermé 8000 magasins américains plus tôt afin que les employés puissent suivre une formation antibiais.

Il est un bienfaiteur démocrate de longue date, ayant contribué aux campagnes de l’ancien président Barack Obama, d’Hillary Clinton, du sénateur de New York Chuck Schumer et des sénatrices de l’État de Washington Patty Murray et Maria Cantwell, entre autres. Il a également affirmé à ses employés que M. Trump était en train de créer un « chaos » et de nuire aux affaires ; il a estimé que les réductions d’impôts de M. Trump pour les sociétés sont inutiles et imprudentes ; et il a promis d’embaucher 10 000 réfugiés après la publication par M. Trump d’une interdiction de voyage à l’endroit de sept nations majoritairement musulmanes.

Mais certaines de ses opinions pourraient entrer en conflit avec un Parti démocrate qui se prépare à renverser M. Trump. Bien que certains candidats potentiels, y compris les sénatrices du Massachusetts Elizabeth Warren et de la Californie Kamala Harris, soient en faveur des soins de santé à payeur unique, d’un lourd fardeau fiscal pour les riches et de la gratuité de l’éducation dans les universités publiques, M. Schultz a dénoncé certaines de ces propositions comme étant irréalistes et a plutôt mis l’accent sur la croissance économique et la réduction des droits pour maîtriser la dette publique.

« Je suis préoccupé par le fait qu’autant de voix au sein du Parti démocrate vont si loin à gauche, a déclaré M. Schultz à CNBC en juin dernier. Je me demande, »Comment allons-nous payer pour toutes ces choses ? » En termes de choses comme un payeur unique ou de ceux qui disent que le gouvernement va donner un emploi à tout le monde, je ne pense pas que ce soit réaliste. »

 

(ap)

Leave a Reply

Your email address will not be published.