Le «ras-le-bol» des policiers français

Des syndicats de police tirent la sonnette d’alarme après les violences survenues samedi à Paris. Selon eux, les forces de l’ordre sont épuisées.

 

 

La crise des «gilets jaunes» et ses derniers rebondissements violents exacerbent le malaise de policiers en France. Divisés sur les suites à donner aux émeutes de samedi, état d’urgence ou non, ils expriment souvent un même «ras-le-bol».

Mis à forte contribution depuis les attentats de 2015, ils sont au bord de la rupture, assurent leurs syndicats, qui n’hésitent plus à critiquer ouvertement la façon dont cette crise est gérée par leur hiérarchie et le gouvernement.

Plusieurs de ces organisations – Alliance, Synergie Officiers, le syndicat des commissaires de la police nationale – ont appelé à l’instauration de l’état d’urgence pour faire face à une situation qualifiée d’«insurrectionnelle».

«L’insupportable est atteint pour les forces de l’ordre», écrit ainsi Alliance dans un communiqué. «Nos collègues ne doivent plus subir l’attentisme! Alliance Police nationale demande l’instauration de l’état d’urgence!» Ce syndicat demande notamment le renfort de l’armée pour garder les lieux institutionnels.

 

Boucs émissaires

«Les policiers refusent de servir de chair à canon à cause de stratégies attentistes qui ne font qu’enhardir les ennemis de la République», renchérit Synergie Officiers. L’appel a été jugé irresponsable par d’autres syndicats, comme Alternative Police, qui a déclaré dans un communiqué refuser «toute escalade sécuritaire».

«L’instauration de l’état d’urgence n’est pas la bonne solution», estime cette organisation proche de la CFDT. «Elle sera interprétée comme un moyen détourné d’empêcher l’expression populaire des mouvements gilets jaunes.»

«On ne parle que de 3000 casseurs. Il faut rester la tête froide», souligne le secrétaire général d’Alternative Police, Denis Jacob, pour qui l’état d’urgence risquerait de radicaliser encore le mouvement des «gilets jaunes».

Pour Unité SGP-Force ouvrière, les policiers «ne doivent pas être les boucs émissaires de l’autisme» du gouvernement et le chef de l’Etat, Emmanuel Macron, doit ouvrir «un véritable dialogue» avec les «gilets jaunes».

 

Gestion critiquée

Le syndicat Unsa Police demande pour sa part au ministre de l’intérieur, «à l’heure où une manifestation est déjà annoncée pour le 8 décembre», d’interdire tout événement de ce type à Paris samedi prochain.

Au-delà des divergences sur le rétablissement ou non de l’état d’urgence, écarté dimanche par le président Emmanuel Macron à ce stade, la plupart des syndicats de la police se retrouvent pour critiquer la gestion du maintien de l’ordre samedi et, plus généralement, de la crise.

Unsa police rappelle ainsi, de même qu’Alternative Police, avoir «alerté sur les problèmes qu’engendrerait la mise en place de contrôles d’identité pour accéder aux Champs-Elysées».

Le dispositif mis en place a été confronté dès le début de la matinée à des groupes très violents et déterminés, dont des activistes d’ultra-droite et d’ultra-gauche agissant parfois de concert, selon une source syndicale.

Ils ont été rejoints par les «gilets jaunes» les plus radicalisés et des jeunes de banlieue motivés par la perspective de pillages, a confirmé le procureur de la République de Paris.

 

Manque d’effectifs

Selon des sources proches des forces de sécurité, les CRS ont tiré près de 10’000 grenades lacrymogènes, assourdissantes, de dispersion ou de désencerclement et les gendarmes mobiles près de 4000. Ils ont également aspergé les manifestants avec quelque 136’800 litres d’eau pour les tenir à distance. Au total, 133 personnes ont été blessées, dont 23 membres des forces de l’ordre, et 412 personnes ont été interpellées, a précisé le ministère de l’intérieur.

«Les policiers ne sont pas des robots», souligne l’Unsa, qui pointe un «manque criant d’effectifs chez les CRS», accuse «l’administration» de mettre les policiers «en danger» et juge «la coupe (…) pleine», tandis qu’Alternative Police accuse le gouvernement de rester sourd aux revendications des policiers.

Les élections professionnelles en cours dans la police sont, certes, propices aux surenchères électorales. «Il y a un emballement. Chacun essaye de reprendre la main et de grappiller des voix», souligne un responsable syndical.

Mais le malaise ne date pas de ces dernières semaines. Nombre de policiers, issus des mêmes catégories sociales que les «gilets jaunes», confrontés aux mêmes problèmes de fin de mois, se sentent proches de ce mouvement.

 

(nxp/ats)

 

Leave a Reply

Your email address will not be published.