Le G20 se retrouve pour un sommet soumis aux humeurs de Trump

Les dirigeants du G20, parmi lesquels les cinq principaux leaders de la planète, se retrouvent vendredi à Buenos Aires pour un sommet de facto soumis aux humeurs du président américain Donald Trump, de son difficile dialogue avec Vladimir Poutine à sa querelle commerciale avec la Chine.

Ce sommet est aussi la première occasion pour les dirigeants mondiaux de s’entretenir directement avec le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane (« MBS ») depuis l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi.

Privé de rencontre bilatérale avec Donald Trump après une annulation de dernière minute de la part du président américain, Vladimir Poutine est arrivé combatif en Argentine, dénonçant la « pratique vicieuse » des « sanctions unilatérales » et du protectionnisme commercial.

L’imprévisible président américain, champion du protectionnisme, s’est lui montré d’excellente humeur pendant ses premières apparitions dans une capitale argentine paralysée par un important dispositif de sécurité.

« C’est un modèle d’accord de libre-échange qui va changer le paysage commercial pour toujours », s’est-il par exemple félicité lors de la signature d’un nouveau traité commercial avec le Mexique et le Canada, négocié à son initiative.

Donald Trump a aussi couvert de compliments le président argentin Mauricio Macri lors d’une courte apparition commune, le décrivant comme « très jeune et beau ».

C’est pour l’instant à son audience sur Twitter que le président américain réserve sa mauvaise humeur face au tour toujours plus menaçant que prend l’enquête menée aux États-Unis sur une possible ingérence de la Russie dans sa campagne présidentielle.

 

« Chasse aux sorcières »

« Chasse aux sorcières ! », a tweeté le président, après de nouvelles révélations sur un projet immobilier de son conglomérat en Russie.

C’est dans ce contexte, mais en invoquant l’escalade militaire déclenchée par Moscou contre l’Ukraine, que Donald Trump avait annulé jeudi sa rencontre bilatérale avec Vladimir Poutine.

Alors que Kiev annonce des mesures pour limiter l’accès des hommes russes à son territoire, le président du Conseil européen Donald Tusk, aussi présent à Buenos Aires, s’est dit « sûr » que les sanctions de l’Union européenne contre la Russie seraient reconduites en décembre.

La crise en Ukraine sera un test de la solidarité des Européens, qui risquent d’être relégués aux seconds rôles lors de ce sommet.

L’arrivée retardée de la chancelière allemande, attendue seulement vendredi en soirée après une panne de son avion gouvernemental, ferait presque figure de symbole des difficultés des Européens, déjà aux prises avec le Brexit.

La chancelière allemande, autrefois une vedette de ces sommets et aujourd’hui en plein retrait politique, a perdu beaucoup de son aura.

Les marchés du monde entier n’auront de toute façon d’yeux que pour le dîner de travail samedi entre Donald Trump et le président chinois Xi Jinping, censé geler une escalade de représailles commerciales qui pèse déjà sur la croissance mondiale.

 

« Pays progressistes »

Il sera bien difficile à ce G20 de tenir la promesse faite lors du tout premier sommet de ce genre, en novembre 2008 : celle de passer par le multilatéralisme pour apporter la « prospérité » au monde.

De source française, on fait savoir qu’Emmanuel Macron cherche déjà à « rallier les pays progressistes » autour d’un texte alternatif sur le climat et le libre-échange.

Et ce alors que les négociations pour rédiger un communiqué final commun à tous les leaders patinent, justement à cause de divergences sur ces deux sujets.

Au-delà des joutes diplomatiques, les autorités argentines redoutent des violences bien réelles lors d’une grande manifestation de protestation prévue vendredi, à l’image de celles qui avaient entouré le G20 de Hambourg l’an dernier.

Sous le soleil vendredi matin, Buenos Aires semble assoupie : le gouvernement a décrété un jour férié, fermé écoles et moyens de transport, et déployé plus de 20 000 membres des forces de l’ordre pour quadriller des avenues désertées.

Les autorités argentines, critiquées pour leur incapacité à contenir les débordements autour d’un match de football samedi dernier, ont fait savoir qu’« aucune violence » ne serait tolérée.

Le G20 attise le ressentiment d’un pays miné par une longue crise économique, et promis à une cure d’austérité.

« Je n’ai vendu que quatre cafés (ce matin). C’est férié, mais à moi, personne ne me verse de salaire. Si je ne vends pas, je ne mange pas », se plaint auprès de l’AFP Carlos Lopez, vendeur de café ambulant.

Agustina Vianello, 25 ans, arrive à pied pour prendre son poste dans un centre d’appels : « Ce sommet me paraît insensé. Nous avons des problèmes et voilà que nous devons dépenser une montagne d’argent pour ça ? ».

 

(afp)

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