Procès de Septimus Neverson: un enfant de 10 ans pris en otage devant les policiers

Joshua a seulement 10 ans. Un cri éclate dans la nuit. Un homme armé d’un pistolet se tient devant la porte. Une mare de sang macule le plancher près de ses parents. L’assaillant masqué empoigne le garçon et s’enfuit avec lui par la fenêtre. Nez à nez avec les policiers, il braque son pistolet sur la tempe de l’enfant et disparaît dans la nuit.

Le garçon et sa mère ont raconté hier au procès de Septimus Neverson le cauchemar qu’ils ont vécu cette nuit du 18 juillet 2009 dans leur appartement du quartier Côte-des-Neiges.

L’homme de 56 ans est accusé d’avoir enlevé le garçon de 10 ans et d’avoir tenté de tuer son père Harry avec une arme à feu. Son procès porte aussi sur deux autres tentatives de meurtre, ainsi que sur le meurtre prémédité de l’artiste peintre Jacques Sénécal, à Laval, en 2006.

« J’ai entendu un bruit. Un homme était devant moi, très proche. Il m’a pris par les cheveux. J’ai alors dit dans ma langue à [mon mari] Harry qu’un voleur était dans la maison. Il m’a poussée dans la chambre à Joshua. Harry est alors sauté sur lui. Puis, j’ai entendu un coup de feu. Il pointait l’arme vers Harry. J’ai essayé de tirer sur son arme et il m’a frappée à la tête avec le pistolet », a raconté Aloma Thyriar, la voix étranglée par l’émotion.

Le bruit sourd du coup de feu et le hurlement de sa mère réveillent le petit Joshua. En se levant, le garçon de 10 ans voit ses parents assis au pied du lit et un homme devant la porte. « Tout semblait confus. J’entendais : « Où est l’argent ? » », a témoigné le jeune homme maintenant âgé de 19 ans. Le voleur masqué cherche alors frénétiquement de l’argent dans la chambre, alors que le père est gravement blessé.

Le téléphone sonne. Aloma Thyriar décroche le combiné et demande en tamoul à son interlocuteur d’alerter les policiers, à l’insu du voleur. Très vite, les sirènes de police commencent à se rapprocher de la maison. L’assaillant, qui serait Septimus Neverson selon la Couronne, veut s’enfuir avec le garçon. « Prends-moi à la place », supplie sa mère. « Il m’a prise en mettant son arme derrière ma tête », dit-elle.

Arrivés à la sortie de l’immeuble, les policiers se trouvent déjà de l’autre côté de la porte. « Il m’a poussée vers la porte et il est remonté », raconte Aloma Thyriar. À l’étage, le garçon tente de bloquer la porte à la demande de son père blessé. « Il m’a pris par le bras et m’a forcé à le suivre », raconte le jeune homme. Le ravisseur brise une fenêtre et sort avec son otage. Mais l’enfant se coupe au talon et à la main.

 

« IL TIENT UN ENFANT AVEC UNE ARME SUR SA TEMPE »

Dans le stationnement à l’arrière de l’immeuble, des policiers interpellent le voleur qui se trouve à une bonne trentaine de mètres. « Je le somme de ne pas bouger. Il tient un enfant avec une arme sur sa tempe », a témoigné le policier François Ruel hier après-midi. L’agent montre son pistolet à l’assaillant, mais celui-ci pointe un objet dans sa direction et prend la fuite.

Le voleur demande au garçon de franchir une clôture malgré ses blessures. Après en avoir franchi plusieurs, le garçon n’en peut plus. Le voleur part alors sans lui. Quelques instants plus tard, un policier met finalement fin au cauchemar de l’enfant. Cette nuit-là, l’homme masqué réussit à prendre la clé des champs.

Ce n’est que sept ans plus tard que Septimus Neverson est arrêté à Trinité-et-Tobago et extradé pour être jugé à propos de nombreux crimes violents commis dans la région de Montréal en 2006 et 2009. Expulsé du Canada en 2000 pour un homicide involontaire, Septimus Neverson aurait réussi à revenir à Montréal sous une fausse identité.

Le jeune homme poursuit son témoignage ce matin au palais de justice de Montréal.

 

(lapresse)

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